Sur 149 échantillons de créatine monohydrate achetés au Brésil entre juillet et décembre 2023, les analyses en laboratoire en ont trouvé 32 qui n’étaient pas de la créatine pure. L’étude a été publiée en août 2025 dans la revue Food Chemistry, et ses auteurs jugent nécessaire de vérifier ce qu’annoncent les étiquettes.
Une créatine de marque et une créatine générique, c’est la même molécule : de la créatine monohydrate, fabriquée en usine. La différence tient à ce que l’acheteur peut vérifier lui-même. Le sceau Creapure®, par exemple, s’accompagne sur l’emballage d’un code à six chiffres. On le saisit sur le site du fabricant de cet ingrédient, qui y voit la preuve que le produit est authentique. Sur un pot qui ne nomme pas le fabricant de sa créatine, impossible de savoir de quelle usine vient la poudre.
Pour un joueur qui peut être contrôlé, une autre vérification compte, et elle ne passe pas par un logo. La norme NF EN 17444, qui vise les substances interdites dans le sport, n’a pas de logo officiel ; certains fabricants dessinent le leur. L’AFLD, l’Agence française de lutte contre le dopage, indique plutôt de chercher une phrase précise sur l’emballage.
D’où viennent les impuretés d’une créatine ?
Dans l’industrie, la voie de fabrication la plus courante part de deux produits, le sarcosinate et la cyanamide, note une étude publiée en 2011 dans la revue Food Chemistry. Le fabricant du Creapure® indique employer ces mêmes produits de départ, dans un procédé breveté. Ce qui peut séparer deux poudres se joue donc à la fabrication. Des matières premières médiocres, une réaction mal réglée ou des lavages insuffisants laissent davantage d’impuretés dans la poudre, relève l’étude.
Un avis de l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, a retenu en 2004 des seuils pour la créatine monohydrate, que rapporte l’étude de 2011. Ils sont de 100 mg/kg au plus pour la créatinine, et de 50 mg/kg pour la dicyandiamide (DCD), un dérivé de la cyanamide qui se forme probablement quand la réaction est incomplète. Sur 33 créatines du marché italien analysées, la créatinine était le principal contaminant, et 44 % des échantillons dépassaient 100 mg/kg.
Ces mesures de 2011 ne valent que pour l’Italie : elles ne disent rien des pots vendus aujourd’hui en France. Les seuils de l’EFSA restent en revanche un bon étalon pour lire les chiffres de pureté qu’un fabricant publie.
Le nom du vendeur et celui de l’ingrédient
La marque inscrite sur le pot n’est pas forcément celle qui a fabriqué la créatine. Certains produits portent deux noms, celui du vendeur et celui de l’ingrédient. La fiche de la créatine en poudre Creapure® 500 g de Power Nutrition, site de vente en ligne de nutrition sportive, doublé d’une boutique à Cugnaux (Haute-Garonne), près de Toulouse, la présente comme « une créatine monohydrate en poudre micronisée labellisée Creapure® ».
Le Creapure® est l’un de ces ingrédients de marque. Son fabricant indique le produire uniquement en Allemagne, à Trostberg, en Bavière, et publie ses propres chiffres : moins de 20 mg/kg de DCD, pour un seuil de 50 dans l’avis de l’EFSA. Ces chiffres se comparent aux seuils européens, mais ils ne remplacent pas une analyse du pot que l’on a entre les mains.
Que prouve le code à six chiffres ?
Le code figure sur l’emballage, avec le sceau de qualité du Creapure® : la vérification se fait donc pot en main. D’après le fabricant, il confirme que le produit est bien du Creapure® authentique. Il ne mesure pas la pureté de la poudre, et il ne vaut que pour cet ingrédient.
La composition d’une créatine, de marque ou non, ne se mesure qu’en laboratoire, ce qu’ont fait les deux études de Food Chemistry sur des créatines vendues au Brésil et en Italie. Une créatine vendue sans nom d’ingrédient peut très bien respecter les seuils de l’EFSA. Ce qui lui manque, c’est un moyen de remonter jusqu’à l’usine.
Joueurs contrôlés, la phrase à chercher sur l’emballage
La seconde vérification touche aux substances interdites dans le sport, une question distincte de la pureté chimique. L’AFLD rappelle le principe de responsabilité objective : le sportif est responsable de toutes substances retrouvées dans son organisme. Quand un préparateur achète pour son groupe, ce sont donc ses joueurs qui répondent de ce qu’un contrôle trouverait.
La norme NF EN 17444 vise ce risque. Elle est d’application volontaire : les fabricants qui la suivent s’engagent à respecter des exigences de fabrication et de conception pour que leurs produits ne contiennent pas de substances interdites. Faute de logo officiel, l’agence donne la mention qui permet de reconnaître un produit conforme : « Ce produit a été développé et fabriqué conformément aux exigences de l’EN 17444 à la date de production du lot ».
Avant de confier le pot aux joueurs, il reste donc deux vérifications à faire sur l’emballage. S’il porte le sceau Creapure®, on saisit son code à six chiffres sur le site du fabricant. Si certains joueurs peuvent être contrôlés, on cherche cette phrase, mot pour mot, plutôt qu’un logo.
Sources
- Food Chemistry (Elsevier) – Assessing the authenticity of the sport supplement creatine using spectroscopic techniques and multivariate analysis (2025) [EN] : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S030881462501533X
- Food Chemistry (Elsevier) – Levels of creatine, organic contaminants and heavy metals in creatine dietary supplements (2011) [EN] : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0308814610016377
- Creapure (Alzchem) – What is Creapure®? (non daté) [EN] : https://www.creapure.com/en/creapure/what-is-creapure/
- AFLD – Les compléments alimentaires (non daté) : https://www.afld.fr/la-lutte-antidopage/education-et-prevention/les-complements-alimentaires/